Soudan du Sud : Riek Machar parle de « colonisation » concernant les exploitations pétrolières

Indépendant depuis Juillet 2011, le jeune État du Soudan du Sud est un pays enclavé d’Afrique de l’ouest, sensiblement aussi grand que la France et peuplé d’à peine 10 millions d’habitants. Sa population est constituée d’un grand nombre d’ethnies : les Dinkas (36% de la population totale), les Nuers (15%), les Zandés (10%), les Shilluks (3%) et des peuplades arabes, parfois nomades, pour ne citer que les principales.

La présence de pétrole, de grands pâturages, et de nombreuses terres fertiles notamment et surtout sur les bords du Nil, ressources indispensable dans cette région où la faim est constamment à l’affût, ont déjà été des motifs de contestation territoriale entre le Soudan et le Soudan du Sud. Actuellement, une dizaine de grands groupes d’exploitation pétrolière du monde entier sont présents au Soudan du Sud.

Le parti politique dominant, voire quasi omniprésent, est le SPLM (Sudan People’s Liberation Movement – الحركة الشعبية لتحرير السودان – Mouvement Populaire de Libération du Soudan), dont l’idéologie dominante est le nationalisme et le conservatisme. C’est ce parti qui a œuvré à l’indépendance du Soudan du Sud. Leur devise est « Egalité, Unité, Progrès ». Le SPLM, représente 160 sièges sur 170 à l’Assemblée Législative du Soudan du Sud, et est constitué d’une diversité ethnique. C’est de cette diversité et de ce parti que son issu l’actuel président Salva Kiir, et l’ex vice-président Riek Machar (destitué l’été dernier). Bien qu’ils soient tous les deux chrétiens, l’un est un Dinka (ethnie majoritaire), et l’autre un Nuer (plus grande minorité). Malgré cette différence notable, les origines du conflit au Soudan du Sud ne sont pas réellement ethniques, mais plutôt politiques.

Sud-Soudan-carte2 vuessurlemonde(source de l’image : http://www.vuessurlemonde.com/2013/04/18/a-quand-lintegrite-territoriale-sud-soudanaise/)

En Juillet 2013, le président Salva Kiir a limogé Riek Machar, son vice-président, après que ce dernier ait officiellement annoncé son intention de se présenter aux élections présidentielles de 2015, ce qui l’aurait forcément opposé au président actuel. En décembre dernier, Riek Machar et ses partisans tentent un coup d’Etat sans succès, laissant derrière cette tentative, presqu’une centaine de morts. Ce-dernier serait donc actuellement en fuite. Selon lui, le président Salva Kiir aurait divisé le jeune pays entre les ethnies, et en aurait pris une pour bouc-émissaire. « La solution pacifique serait que Salva Kiir quitte le pouvoir », a-t-il dit. Riek Machar a annoncé récemment sa volonté de reprendre la ville de Malakal au nord du Sud-Soudan, ville d’environ 150.000 habitants, dont l’économie dépend essentiellement de l’agriculture. Cependant, des exploitations pétrolières se trouvent également sur place. Pour lui les champs pétrolifères n’ont pas à être exploités par les entreprises actuelles (Total, Elf, et bien d’autres comme les compagnies chinoises), car c’est de la « colonisation ».

Même si le conflit est d’origine politique, les combats prennent une tournure de guerre ethnique car ils opposent très généralement les Dinkas aux Nuers, les uns défendant le président Salva Kiir, les autres soutenant l’ex vice-président Riek Machar.

Le 16 Avril dernier, la ville de Bentiu, non loin de Malakal, a été prise par les forces rebelles de Riek Machar. Le pouvoir les accuse de commettre des « atrocités » à l’égard de la population.

Marcha-Kiir(Riek Machar, à gauche, et Salva Kiir à droite)

Selon les Nations-Unies, les combats provoquent des pénuries alimentaires. Des exactions seraient commises par les deux camps (viols et homicides de masse, massacres, tortures etc…). Selon Navi Pillay, du Haut-Commissariat des Droits de l’Homme aux Nations-Unies, plus de 9.000 enfants auraient été enrôlés, autant par le gouvernement que par les forces rebelles.

Le conseil de Sécurité de l’ONU s’est pourtant réuni en urgence le 23 Avril, quelques jours après la prise de Bentiu par les forces rebelles, accusés d’y perpétrer des massacres. Mais pas d’intervention militaire, juste des condamnations, et le maintien des camps de réfugiés. D’ailleurs des dizaines de milliers de personnes se sont déjà réfugiées dans les camps sous la protection des forces armées de l’ONU.

Récemment, des charniers auraient été découverts, et selon Médecins Sans Frontières (MSF), des hôpitaux et centre de santé auraient été dévastés lors de combats à Malakal en février, et dans l’État de Unity (district pétrolifère au nord, limitrophe du Soudan, et comprenant la ville de Bentiu).

Par ailleurs, en Février, le cessez-le-feu amorcé en Janvier est rompu. Alors que le gouvernement de Salva Kiir dit que les rebelles sont bien armés, les forces rebelles de Riek Machar accusent l’Ouganda de frappes aériennes appuyant les forces gouvernementales.

La guerre a déjà causé la fuite d’environ 1.000.000 de réfugiés, dont le quart soit 250.000 seraient partis dans les pays voisins (République Centrafricaine, République Démocratique du Congo, etc..) depuis décembre 2013. Pays qui sont également, pour la plupart, en guerre interne.

 

(Le Suricate)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s