La loi sur la commercialisation de la marihuana en Uruguay ne fait pas l’unanimité…

Selon José Mujica, actuel président de l’Uruguay, la politique de répression du pays contre la marihuana n’est pas fructueuse et la situation en Uruguay est de pire en pire. On parle de chemin alternatif à celui de la guerre des drogues.

Dans un entretien téléphonique avec la BBC Mundo, Mujica explique que la réglementation de cette loi contient 100 articles, et que le sujet est donc délicat. « Et ce n’est en rien ce à quoi pensent certains : [une loi] laissant la possibilité au peuple à consommer des drogues ou de la marihuana à tambour battant », a-t-il ajouté. D’après Mujica, la consommation de cannabis aurait été multipliée par 100 en 25 ans, malgré les pressions, les répressions, les confiscations de chargements de drogues, etc…

Mais le président uruguayen a d’ores et déjà annoncé que la voie que le pays allait emprunter n’est pas un « chemin triomphal » mais un « chemine d’expérience ». José Mujica rappelle que chaque addiction reste une « peste », et que l’expérience législative et sociale (voire économique) de la commercialisation du cannabis est menée avec « honnêteté intellectuelle ».

Mujica

L’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) a, quant à elle, critiqué cette « expérience » rejoignant ainsi l’opposition politique uruguayenne (Partido Colorado, et Partido Nacional), ainsi qu’une grande partie de la population si l’on tient compte d’un récent sondage paru le 7 Mai.

stats(Les données chiffrées ont pour source l’enquête de « Equipos Mori », publiée sur le journal uruguayen « El País »)

Pour le président Mujica, être contre cette expérience est compréhensible lorsque l’on est conservateur et parmi « ceux qui refusent chaque changement ». Cette expérience permettrait de constater dans plusieurs années si la consommation de drogues augmente ou diminue, et d’en tirer une conclusion sociale. Quant aux attaques de l’opposition, Mujica ajoute : « Je ne suis pas impressionné par les cris qui me frappent. J’ai ma manière de pensée. »

 

marihuanaConsommation : Qui ?

Pour consommer, il faut être majeur (18 ans en Uruguay), et avoir la nationalité uruguayenne, légale ou naturelle. C’est-à-dire être né uruguayen, ou avoir été naturalisé en résidant sur le sol uruguayen avec une « résidence permanente dûment accréditée ».

De plus, les consommateurs devront s’enregistrer sur une base de données confidentielle du gouvernement, certainement pour faciliter les études et les statistiques qui serviront dans quelques années à tirer une conclusion sociale.

Il sera possible de cultiver soi-même son propre cannabis mais pour ce faire, il faut que l’individu intéressé s’enregistre à son tour auprès de l’IRCCA (Institut de Contrôle et de Régulation du Cannabis – Instituto de Regulación y Control de Cannabis), crée par la loi votée en Décembre, dans un délai de 180 jours.

 

Production, Consommation : Comment ?

La production de la marihuana sera assuré par six entreprises privées (un appel a déjà été lancé par l’IRCCA), qui devront garder leurs plantations par les forces policières voire l’Armée. Les coûts de sécurité seront au compte de l’entreprise. Chaque entreprise aura à sa disposition 1.5 hectares à exploiter. Le quotidien uruguayen El País précise « Les entreprises devront détailler la structure de sa société, et l’origine des fonds de ses investisseurs ».

Le taux de tétrahydrocannabinol (THC) est fixé à 15% (aux Pays-Bas, le taux de THC est également et strictement limité à 15% maximum)

Le gramme de marihuana, qui ne sera pas exposé au public, ou en vitrine, coûtera entre 0.63€ et 0.69€, soit entre 20 et 22 pesos uruguayos. Aux Pays-Bas, le coût par gramme est compris entre 2 et 15€. Tout dépend de la variété, du type, et de la quantité consommée. En général le prix est d’environ 5€. A noter que le revenu moyen par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) d’Uruguay est le plus élevé d’Amérique Latine avec 17.343 dollars, (juste devant le Venezuela dont le revenu moyen par habitant en PPA est de 16.965 dollars). Ces chiffres étant parus sur le journal mexicain « La Jornada » en s’appuyant sur les données de la Banque Mondiale. Les Pays-Bas ont, pour le même indicateur, 42.300 dollars.

Les achats seront limités à 10 grammes par semaine.

Pour se procurer le produit, il faudra se rendre en pharmacie (même si celles-ci ne sont pas obligées d’en vendre), dans des clubs dédiés à cet effet (ce qui pourrait rappeler les coffee shops aux Pays-Bas), ou alors utiliser sa propre culture. (Voir ci-dessus)

La consommation de la marihuana sera, comme celle du tabac, interdite dans les lieux fermés et les transports en commun.

 

(Le Suricate)

Un procès Test en Libye

 

Le procès de trente-sept proches de Mouammar Kadhafi, dont son fils Saïf Al-Islam, accusés d’avoir participé à la répression meurtrière de la révolte ayant min fin au régime en 2011, a débuté lundi 14 avril à la prison Al-Hadba, à Tripoli. Ce procès hautement sécurisé s’est ouvert en l’absence de Saïf Al-Islam, de son frère Saadi et de plusieurs autres prévenus. L’ancien chef des renseignements, Abdallah Al-Senoussi, et le dernier premier ministre de Kadhafi, Al-Baghdadi Al-Mahmoudi, ont quant à eux comparu dans le box des accusés, aux côtés de vingt et un autres anciens responsables, tous vêtus de la tenue bleue des prisonniers.

Quarante minutes après l’ouverture de cette audience inaugurale, le procès a été ajourné au 27 avril par la Cour pénale de Tripoli du fait de l’absence de certains accusés, mais également pour permettre aux enquêteurs de compléter leurs dossiers et aux avocats de préparer leur défense.

  • Les chefs d’accusation

Une dizaine de chefs d’accusation ont été retenus contre les prévenus, inculpés en octobre notamment pour assassinats, pillages et sabotages, actes portant atteinte à l’union nationale, complicité dans l’incitation au viol, enlèvement et dilapidation des deniers publics. La peine capitale est prévue pour certaines de ces charges. Plus de 70 000 pages d’élements de preuve et 4 000 pages d’interrogatoires ont jusqu’à présent été versées aux dossiers d’accusation.

  • Un procès-test pour la démocratie

Ce procès a, pour la communauté internationale, valeur de test pour la mise en place d’un Etat démocratique face au chaos qui prévaut depuis l’insurrection de 2011. Le ministre de la justice, Salah Al-Merghani, a assuré que le procès serait ouvert au public afin de garantir sa transparence. Pourtant, des proches des prévenus, ainsi que des représentants des organisations internationales et des médias, ont trouvé porte close lundi. « Ce n’est pas normal. Tous les procès criminels sont publics en Libye, et les autorités avaient assuré que ce procès ne se tiendrait pas à huis clos », regrette Hanane Salah, chargée de la Libye pour Human Rights Watch (HRW), qui n’a pas pu assister à l’audience.

Des ONG ont déjà exprimé des doutes quant au caractère équitable des procédures. « Si les accusés ne bénéficient pas d’un procès équitable, cela laissera penser que la nouvelle Libye pratique une justice sélective », a estimé Mme Salah.

  • Un procès en l’absence des accusés

Les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent ainsi l’absence de certains accusés lors des audiences. Durant l’audience du 14 avril, le juge a autorisé la future comparution de Saïf Al-Islam, ainsi que d’autres accusés détenus à Misrata, par vidéoconférence. Les autorités judiciaires estiment que les conditions de sécurité ne permettent pas leur transfert à Tripoli.

Longtemps présenté comme successeur potentiel de son père, Saïf Al-Islam est détenu par d’anciens rebelles à Zenten, depuis son arrestation par une brigade de cette ville de l’ouest du pays en novembre 2011. Les autorités de transition ont en vain tenté de négocier avec les miliciens son transfert à Tripoli. Ces derniers assurent ne pas pouvoir garantir la sécurité du prévenu, ainsi que la leur, sur la route entre Zenten et Tripoli. Six autres responsables sont détenus à Misrata, comme Mansour Daw, chef de la sécurité intérieure sous le régime Kadhafi. 

La comparution par vidéoconférence est, depuis le vote d’amendements par le Parlement libyen, le 24 mars, conforme aux articles 241 et 243 du code de procédure criminelle. Cette décision est critiquée par HRW, qui la juge contraire aux principes d’un procès équitable. « Il est très important pour le prévenu d’avoir un contact et une interaction directs avec le juge et son avocat au cours de l’audience. L’adoption de la vidéoconférence va affecter la procédure et la capacité de la défense à représenter son client », estime Hanane Salah.

  • La représentation des accusés

La responsable de HRW dénonce également le défaut d’accès des accusés à un avocat et à leurs dossiers. « Jusqu’à présent, il y a eu des problèmes de représentation judiciaire. Nombre de ceux en procès n’ont pas eu droit à un avocat depuis le début — condition essentielle à un procès honnête », a expliqué Mme Salah. « Ils doivent avoir un accès privilégié et sans restriction à un avocat », martèle la représentante de l’ONG. L’ajournement du procès devrait permettre aux avocats de prendre connaissance du dossier, a estimé la cour. Le parquet a réfuté avoir empêché certains avocats d’accéder aux dossiers de leurs clients.

Le 23 janvier, HRW a pu rendre visite à Saïf Al-Islam sur une base de Zenten, placée sous le contrôle d’une milice opérant sous l’autorité du ministère de la défense, ainsi qu’à Abdallah Al-Senoussi, Al-Baghdadi Al-Mahmoudi et Abuzaid Dorda à la prison Al-Hadba. Le fils de Mouammar Kadhafi et Senoussi ont indiqué qu’ils n’avaient pas d’avocat, tandis que Dorda et Al-Mahmoudi ont affirmé qu’on leur avait refusé un accès adéquat aux leurs. Les quatre détenus ont affirmé qu’ils n’étaient pas assistés d’un avocat lors de leurs interrogatoires, et qu’on leur avait dénié le droit de ne pas faire de déclaration et celui de connaître l’identité de leurs interrogateurs, ainsi que la possibilité d’examiner les éléments de preuve à charge rassemblés contre eux.

En février, l’avocat de l’un des détenus a indiqué à HRW que le juge n’avait convoqué aucun témoin lors des audiences préliminaires et que les avocats qui représentaient d’autres accusés dans la procédure collective engagée contre le groupe n’avaient pas été en mesure d’examiner les documents qui seront exploités à l’audience.

  • Garantir la sécurité des participants au procès

L’instabilité et l’insécurité régnant en Libye rendent difficile la tenue d’un procès équitable. Face à un État défaillant, les autorités judiciaires ont été dans l’incapacité d’asseoir leur contrôle sur les centres de détention gérés par les milices, à Zenten et Misrata, et de garantir le bon traitement des détenus. La police judiciaire, chargée de la sécurité des procédures et des prisons, manque de moyens et ne peut garantir la sécurité des témoins, des experts et du personnel judiciaire. En 2013, des avocats, procureurs et juges ont fait l’objet de menaces et d’attaques physiques. Au moins quatre juges et procureurs ont été tués.

Transférer Saïf Al-Islam à la Cour pénale internationale (CPI) ?

« Saïf Al-Islam doit immédiatement être transféré devant la Cour pénale internationale à La Haye », estime Hanane Salah, de HRW. Saïf Al-Islam et Abdallah Al-Senoussi font l’objet de mandats d’arrêt de la CPI pour crimes de guerre présumés lors de la révolte. Fin mai, la CPI avait débouté les autorités libyennes de leur requête de juger devant les tribunaux libyens de Saïf Al-Islam en raison des doutes sur la capacité du gouvernement de Tripoli à lui garantir un procès juste et équitable. La CPI a toutefois donné en octobre son feu vert à la Libye pour juger M. Al-Senoussi.

 

Le renard

 

España va muy bien

Depuis 2011, les manifestations et les émeutes se succèdent en Espagne, pays membre de l’UE, et frontalier à la France. En 2013, le nombre de manifestations s’élevait à 6.000 rien que pour cette année, soit plus de 16 par jour. Nos médias ont mis des moyens incroyables à nous raconter la révolution ukrainienne cet hiver, mais ils ne font qu’effleurer le sujet espagnol…

Les révoltes espagnoles actuelles ne doivent pas tomber dans l’oubli, ou la négligence, ces événements peuvent rappeler une trop récente et obscure partie de l’histoire d’Espagne.

Ukraine, manipulation médiatique, et expansionnisme militaire russe dans le Monde

Le 26 Février dernier, le ministre de la défense russe, Serguei Shoigou (Сергей Шойгу), a annoncé que la Russie pensait à étendre sa présence militaire dans le monde. La liste des pays concernés par l’expansion de la présence militaire russe inclue Cuba, le Venezuela, le Nicaragua, mais aussi le Vietnam, Singapour, et les Îles Seychelles. Les événements actuels en Ukraine ont-ils accéléré le processus ?

 

Selon Olga Oliker, directeur associé du Centre des Politiques de Défense et de Sécurité International  à la Rand Corporation basée à Santa Monica, en Californie, « Il paraît intéressant qu’entre les pays mentionné se trouvent des pays d’Amérique Latine, d’Asie, et du Moyen-Orient. C’est vraiment un rôle global pour la Russie, nous savons déjà ce qu’elle veut et ce n’est pas surprenant. Mais ça le confirme. »

Pour Olga Oliker, cette volonté de s’installer militairement dans le monde a une importance capitale dans la stratégie géopolitique russe. Elle ajoute que la Russie a annoncé cela « à cause de ce qui est en train de se passer en Ukraine. » même si, toujours selon elle, la Russie l’aurait annoncé tôt ou tard, car « cela fait partie de l’idée générale de la Russie de réclamer sa place dans le Monde. »

D’autres sont plus radicaux, et s’expriment clairement : « Tout à avoir avec l’Ukraine », ou encore « La Russie et Vladimir Poutine (Владимир Путин) sont en train d’agir dans une mentalité de Guerre Froide ». C’est ce qu’a dit l’analyste Moisés Naím, du département de l’économie internationale à la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale (Carnegie Endowment for Internacional Peace) lors d’un entretien avec BBC Mundo. Il ajoute : « Dans le cas de l’Ukraine, qui était sur le point de signer un accord d’association avec l’Europe, Poutine est intervenu de manière agressive pour empêcher que le président Viktor Ianoukovytch (Виктор Янукович) signe cet accord. »

Après les protestations contre la décision du président ukrainien de favoriser un accord de coopération avec la Russie plutôt qu’avec l’Union Européenne, des violents affrontements ont eu lieu entre les forces de l’ordre et les manifestants qui ont débouché sur la destitution du président ukrainien, par le parlement.

Aujourd’hui, à l’heure où les troupes russes s’amassent en Crimée, région russophone et dominée par la communauté russe, nos médias parlent aujourd’hui de « guerre médiatique » déclenchée par Vladimir Poutine (Владимир Путин), mais ne l’avons-nous même, pas commencé en occident ?

 

En effet, beaucoup d’analystes ont d’ores et déjà qualifié les protestations « d’échecs » au plan d’expansion russe.

Selon Moises Naím, « L’homme considéré comme le plus puissant du monde a vu comment, par la pression de la rue, le pays a échappé au contrôle d’un dirigeant. D’où l’idée d’établir des bases militaires dans d’autres pays ».

Pour Naím, la Russie ne chercherait qu’à « réaffirmer le grand projet de Vladimir Poutine (Владимир Путин), et de faire de la Russie un grand acteur mondial, et d’être le restaurateur de la grandeur et de la réputation russe […] Le vrai défi de la Russie a été de réellement découvrir ce qu’elle veut. Oui, elle a un rôle actuel en Syrie, mais il est beaucoup moins clair en Asie, et en Amérique Latine ».

Mr. Naím craindrait donc, dans un relent de Guerre Froide, une expansion militaire russe dans le monde, du fait des actuelles positions militaires des Etats-Unis et de ses alliés, peut-être par peur de déranger l’ordre politique mondial établi.

 

L’annonce de Serguei Shoigou (Сергей Шойгу), porte sur l’installation de bases au Venezuela, à Cuba, et au Nicaragua.

En 2008, pendant une visite à Moscou, l’ex-président du Venezuela, Hugo Chavez, a manifesté son soutien à la présence militaire russe sur le territoire vénézuélien : « Si les forces armées russes veulent être au Venezuela, elles seront reçues chaleureusement ». Pour Chavez, décédé il y un an, la Russie a « le potentiel militaire pour garantir sa présence dans le monde ».

Le ministre a indiqué que les conversations portaient sur l’utilisation de ports à la marine russe, et d’aéroports pour le ravitaillement des avions bombardier en mission de patrouille.

Serguei Shoigou (Сергей Шойгу) assure que les gouvernements des pays concernés « sont sur le point d’atteindre des résultats ». Comprenez par-là que les troupes russes pourront alors stationner de façon permanente à Cuba, au Venezuela, au Nicaragua, aux Seychelles, à Singapour, et au Vietnam comme ils le font déjà en Biélorussie, au Kazakhstan, ou en Ukraine, dans la fameuse république autonome de Crimée. Après tout, l’Union Européenne et les Etats-Unis ont aussi des installations militaires permanentes dans le Monde (Cf. Djibouti, par exemple).

 

En 2009, soit un an après les propos de Chavez à Moscou, Álvaro Uribe Vélez, l’ex-président colombien et ennemi de Chavez, avait annoncé un accord avec  les Etats-Unis autorisant les unités étasuniennes à utiliser les bases militaires colombiennes. Cet événement a suscité une grande controverse dans la région. En effet, la Colombie est un pays voisin du Venezuela, et ces deux pays d’Amérique du Sud, opposés politiquement, sont respectivement supportés par les Etats-Unis et la Russie. D’ailleurs, cet accord a été annulé un an plus tard après une décision judiciaire colombienne.

Les grandes puissances militaires (autant les Etats-Unis que la Russie) ont donc le pouvoir de déstabiliser des régions du monde par leur politique militaire expansionniste, en s’appuyant sur des jeux de rivalités (Cf. ci-dessus : Colombie – Venezuela), même si la Russie joue actuellement le rôle de digue, en protégeant simplement les communautés russes hors de Russie, notamment en Ukraine, ou en essayant d’éviter une propagation (ou importation) des conflits actuels, qu’ils soient ukrainiens ou syriens.
La Russie marque donc des points, contrairement aux Etats-Unis et leurs fidèles alliés, censés défendre la paix et la démocratie, qui ne passent que pour des agitateurs opportunistes notamment concernant la guerre en  Syrien, et rappelons-nous de la récente guerre en Lybie…

Les occidentaux ne supportent les idées de « révolutions » que lorsqu’il y a un intérêt à prendre parti pour les révoltés ! Et compte tenu des moyens médiatiques déployés en Ukraine par la Presse occidentale afin de moraliser les événements de façon très manichéenne, on ne peut que se demander s’il n’y a pas eu d’autres moyens mis à la disposition de cette révolution qui secoue l’Ukraine en ce moment. On peut alors comprendre la réaction russe de vouloir plus s’implanter militairement à l’étranger, à commencer par l’Ukraine, dans le but de protéger ses alliés. Ainsi, cette réaction permettrait à la Russie de contenir les revendications nationalistes, souhaitant très souvent s’éloigner de celle-ci et de la Communauté des Etats Indépendants (CEI – Содружество Независимых Государств) pour se rapprocher de l’Union Européenne.

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(Le Suricate)

La « Poudrière Balkanique »

Le week-end dernier, le Monténégro, petit pays de l’ex-Yougoslavie, a été sujet à des manifestations de plusieurs centaines de personnes réclamant la démission du gouvernement socio-démocrate, héritier de la ligue communiste yougoslave, le DPS. A noter que le Monténégro a été indépendant en juin 2006, il se situe sur le bord de la mer Adriatique, avec au nord la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, à l’est, la Serbie, et au sud, l’Albanie.

La police a dispersé la foule en utilisant du gaz lacrymogène après avoir été l’objet de jets de pierres.

Les manifestants monténégrins protestent contre le taux de chômage. En effet, le Monténégro connait un chômage entre 15 et 20 %.

Ces événements ne sont pas sans nous rappeler les troubles sociaux en Bosnie-Herzégovine, où les trois dirigeants se relayent durant quatre années. Actuellement, le chef d’Etat est un socio-démocrate du nom de Zlatko Komsic, puis ce sera au tour d’un autre socio-démocrate, et enfin, un nationaliste à la fin de l’année 2014.

Ainsi, la Bosnie-Herzégovine a elle aussi, connu au début du mois de février, des manifestations. La particularité de ces manifestations se caractérise par leur violence. On compte plusieurs centaines de blessés, et des dizaines de policiers blessés. De plus, des voitures de police et des bâtiments d’Etat ont été incendiés. Le gouvernement a qualifié les manifestants de « vandales ». Dans la ville de Tuzcla, il y aurait des voitures de politiciens qui auraient été jeté dans le canal de la ville.

Qui sont les manifestants ? Ce sont, à la base, des ouvriers qui ont été, plus tard, rejoint par les étudiants et des activistes politiques. En fait, tout à commencer avec les ouvriers qui se plaignaient de salaires impayés et du risque imminent de chômage. Les ouvriers souffriraient aussi beaucoup de la banqueroute des usines venant d’être privatisées.

Le taux de chômage serait de 27% en Bosnie-Herzégovine, selon le Bureau International du Travail (BIT), alors que les sources bosniennes indiquent un taux de chômage entre 44 et 46 %. Si les chiffres du BIT sont 2 fois moins élevés que ceux des sources d’Etat, c’est parce que sa définition est bien précise et généralement plus restrictive que la définition de certains Etats. Pour le BIT, un chômeur est considéré comme tel à trois conditions. Etre sans travail (même de très courtes durée), être disponible pour travailler (par exemple avoir l’âge et le temps requis, entre autres), et être en recherche active d’un emploi. Alors qu’en Bosnie-Herzégovine, un chômeur peut être considéré comme tel seulement lorsque celui-ci se déclare simplement être à la recherche d’un emploi. Ce qui explique la différence entre les deux chiffres.

                Même si les nombreuses revendications d’ordre sociales existent en Bosnie-Herzégovine depuis la fin de la guerre en 1995, il se pourrait bien que les événements prennent une toute autre tournure, et qu’une étincelle embrase dans la « poudrière balkanique ».

Les experts des Balkans ont déjà qualifié les événements de « printemps bosnien ».  Sans oublier les événements ukrainiens, largement médiatisés,  pourrons-nous bientôt parler de printemps européen ?
Bosnia

(Le Suricate)

« Súmate al cambio »

violence policière

Tout s’est accéléré le 29 Novembre dernier, lorsque le conseil des ministres adopte le nouveau projet de loi concernant la « Sécurité Citoyenne », renforçant considérablement les services de répression et dissuadant les manifestations.

Un exemple de cette réforme : filmer un policier en service est devenu passible d’une amende de 30.000 €. Vous comprenez bien que leurs bavures, qui se font courantes actuellement, passeront alors de plus en plus inaperçues. Même amende pour  les manifestations s’organisant spontanément autour d’une opinion, sans autorisation sur les réseaux sociaux, ou devant les bâtiments de l’État. Les amendes pour les plus graves « infractions » vont de 30.001 à 600.000 €. Oui, 600.000 € ! Le but étant de décourager et asphyxier économiquement les opposants au régime de Mariano Rajoy du Parti Populaire (PP), instaurer une majorité silencieuse et laisser impunément faire les politiciens. C’est-à-dire une marche arrière de 30 ans sur le plan social.

Puis vint la proposition de loi de Alberto Ruiz Gallardon, restreignant l’avortement, approuvée le 20 décembre au Parlement…

Cette loi ne permettrait l’avortement qu’aux femmes prouvant qu’un viol est à l’origine de leur grossesse, en ayant déposé plainte auparavant, puis en acceptant qu’un rapport soit fait sur elle-même, puis un autre sur son fœtus. L’avortement ne sera appliqué seulement si une malformation est reconnue sur le fœtus.

Autrement, l’avortement ne sera possible que sous le prétexte de danger psychologique et/ou d’incapacité physique. Dans ce cas, deux médecins ne pratiquant pas dans l’établissement où se déroulera l’opération, devront diagnostiquer la femme enceinte. A noter que l’avortement ne pourra s’appliquer (en plus des précédentes conditions) qu’avec l’accord des parents, pour les mineures de 16 ans et 17 ans.

Concernant les handicaps, ils ne seront pratiquement plus considérés comme un motif à l’avortement. Il faut que le fœtus soit diagnostiqué invalide, ou présentant de graves incapacités. Un fœtus atteint de la trisomie 21, par exemple, ne pourra plus être l’objet d’un avortement.

Évidemment, cette loi fait polémique, et suscite de nombreuses réactions à travers l’Espagne, débouchant entre autres sur des affrontements entre manifestants et policiers. C’est à ce moment que la réforme concernant la « Sécurité Citoyenne » prend tout son sens !

Hier soir, Vendredi 17 Janvier 2014 vers 20H00, lors d’une manifestation à Barcelone de soutien aux riverains du quartier Gamonal à Burgos, la Guardia Urbana de Barcelone a utilisé le canon à son pour disperser la foule, d’environ 1.500 personnes selon les forces de l’ordre. Le canon à son est une arme non létale, mais pas inoffensive car elle peut causer de graves lésions sur le système auditif. Si vous êtes curieux de savoir à quoi ressemble le bruit émis par un canon à son, jetez une oreille à cette vidéo :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=iSvrqEAT_k0

Bien sûr, les manifestations sont devenues monnaie courantes en Espagne depuis près de deux ans, mais actuellement les évènements ont passé un cap en terme de brutalité, dans un contexte où le PP veut instaurer un climat de peur et de silence. La violence policière y est omniprésente, et la réforme de la « Sécurité Citoyenne » ne fait que conforter la position des forces de l’ordre. Sur la  vidéo ci-dessous, vous pouvez voir la police tirer sur la foule dans une gare, matraquer des manifestants ou tout simplement des passants, s’acharner sur un homme tenant (probablement) son fils dans ses bras en criant « Honte » à la police, puis provoquer les journalistes présents sur les lieux :

http://www.youtube.com/watch?v=YvsezeOWFcc&list=PLN3uQ7GqlpxT32NmeURQgrap8PHOMLdVu&index=56

Le silence du roi Juan Carlos Ier d’Espagne sur ces évènements est par ailleurs étonnant, lui qui avait permis de modifier les desseins de Franco en 1975… Beaucoup d’espagnols le disent : on n’a pas vu ça depuis la chute du régime franquiste.

Note : Pour plus d’infos concernant l’affaire du quartier Gamonal à Burgos, voici un article en espagnol expliquant la situation : http://www.rtve.es/noticias/20140113/esta-pasando-barrio-burgales-gamonal/847700.shtml

(Le Suricate)